RSS
Mobile
Facebook
Twitter
Les éditions
Lettres d'information
Contacts
Conseil départemental de la Savoie

Les vautours fauves en Savoie

Les vautours dans les Alpes françaises : des revenants

Disparus des Alpes françaises entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle suite aux persécutions humaines (tir et empoisonnement), mais aussi par manque de ressources alimentaires (dû à l’exode rural et aux modifications de la gestion sanitaire des troupeaux), les vautours survolent à nouveau les massifs savoyards.

Dans le dernier tiers du 20ème siècle, des programmes de réintroduction de trois des quatre espèces de vautours européens ont été menés dans diverses régions d’Europe et de France et portent progressivement leurs fruits.

En France, cela s’est notamment concrétisé par l’extension régulière du domaine vital du vautour fauve (Gyps fulvus), suite aux programmes de réintroduction initiés dès les années 1980 sur les Grands Causses, puis en 1996 dans les Baronnies et poursuivis dans le Diois et le Verdon à partir de 1999.

Mais les individus présents en Savoie sont des oiseaux non reproducteurs se dispersant pour la saison d’estive, ou des grands voyageurs de provenance plus lointaine.

Présence actuelle du vautour fauve en Savoie : des estivants

En Savoie, des observations ponctuelles de vautours fauves sont enregistrées de longue date mais leur présence régulière en estive sur le département n’est avérée que depuis l’été 2006 au sud de la Maurienne, 2008 entre Arc et Isère et 2012 en Haute-Maurienne.

Les oiseaux observés en Savoie ne sont donc présents qu’en estive et appartiennent à une population mobile à l’échelle de l’ensemble des Alpes. La période de présence correspond globalement à celle des troupeaux d’ovins en estive et tend à s’allonger dans le temps d’année en année. Les secteurs fréquentés par les vautours fauves en Savoie sont limités aux zones d’altitude.

Les données enregistrées sur l’Avant-Pays savoyard, la Chartreuse et les Bauges sont le fait de circulations à longue distance nord-sud, surtout au printemps, les grands planeurs utilisant ces massifs comme tremplins dans leurs déplacements (chaque année à cette période des vautours sont  remarqués jusque dans le nord de l’Europe : Danemark, Allemagne, Scandinavie).

Les points apparaissant sur les massifs internes de la carte représentent bien les secteurs d’alpages survolés tout l’été par les vautours lors de leurs prospections à la recherche de nourriture. Puis, progressivement au cours de l’automne, les oiseaux se replient vers le sud, vers les zones de présence pérenne citées précédemment.

 

Evolution des effectifs de vautours fauves

Les effectifs présents en Savoie sont extrêmement variables au cours de la saison d’estive du fait de la très grande mobilité des groupes d’oiseaux. En effet, lors de disponibilité alimentaire importante (bovin mort en alpage, mortalité ovine suite à un dérochement ou à une attaque de chien errant ou de loup), une centaine d’individus peuvent être observés, mais cette présence reste très fluctuante dans le temps et d’une vallée à l’autre, voire même d’un département à l’autre.

Chaque été, depuis 2010, un comptage simultané sur dortoir est organisé sur les Alpes françaises (plus bordure italienne) dans la zone régulièrement fréquentée par les vautours. Les valeurs obtenues permettent d’estimer l’évolution globale des effectifs, mais ne doivent pas être considérées de façon absolue au vu de l’importante mobilité de ces oiseaux, qui peuvent se déplacer entre massifs voisins en quelques heures en fonction des ressources alimentaires repérées.

Evolution des effectifs de vautours fauves en Savoie et dans la zone alpine couverte

Année Département de la Savoie Alpes françaises et bordure italienne
2010 50 765
2011 148 1 162
2012 195 1 479
2013 182 1 622
2014 295 1 674

Source : Groupe vautours Alpes

Globalement, on constate une augmentation régulière du nombre de vautours fauves présents sur les Alpes comme dans les vallées savoyardes. Toutefois, les faibles effectifs en 2010 sont à relativiser du fait du faible nombre d’observateurs et de la méconnaissance initiale de l’emplacement des dortoirs. Ensuite, les données sont à prendre en compte en ayant bien à l’esprit les possibilités de déplacement rapide des groupes sur de grandes distances et les éventuels bivouacs ponctuels non localisés. Pour preuve, la forte augmentation de 2014 en Savoie qui n'est qu’apparente et s'explique par la disponibilité de nourriture à cette période sur les massifs savoyards, réduisant les effectifs de vautours comptabilisés dans les départements alentours. En effet, la population globale des Alpes françaises a progressé dans la même mesure en 2014 que lors des deux années précédentes, les vautours en estive se répartissant en deux groupes relativement stables sur les Alpes du nord et du sud mais très mobiles à l’échelle de ces deux vastes territoires.

Mais que font les vautours fauves en Savoie ?

Les habitudes grégaires du vautour fauve le font plus souvent remarquer que les autres grands rapaces. Chaque individu a besoin du groupe pour prospecter sur de très vastes espaces, et dès que l’un d’eux a détecté à distance une source potentielle de nourriture, la colonie toute entière s’y rassemble. Incapables de se déplacer longtemps en vol battu, les vautours sont dépendants des courants aérologiques. Dès que les conditions le permettent, ils s’élèvent du dortoir où ils se sont rassemblés pour passer la nuit parfois en groupes impressionnants.

Le vautour fauve est un oiseau nécrophage qui se nourrit des tissus mous des animaux morts. Il assure la fonction écologique d’équarrisseur naturel contribuant ainsi à l’élimination des cadavres d’animaux sauvages comme de bétail mort, limitant ainsi les risques de pollution des eaux de surface ou souterraines et donc l’apparition de maladies. Dans certaines régions, les animaux morts en élevage sont mis à sa disposition sur des placettes d’équarrissage naturel dans un esprit de développement durable (réduction des nuisances et des coûts de transport et d’incinération des carcasses d’animaux d’élevage induisant également une minoration de la taxe d’équarrissage payée par les éleveurs).

Quant aux cousins du vautour fauve, ils interviennent ensuite dans la chaîne alimentaire : le vautour moine (Aegypius monachus) élimine les parties plus coriaces (peau, cartilages, tendons) et le gypaète barbu (Gypaetus barbatus) consomme les os. Tous sont des espèces protégées.


Références bibliographiques :

  • Evolution et déplacements du vautour fauve Gyps fulvus en France et en Europe, Michel Terrasse, revue Ornithos 13-5 (2006),
  • La Hulotte, Tonton Griffon, le Vautour fauve n° 1 et n° 2 respectivement n° 91 (2008) et 93 (2009),
  • Le vautour fauve, Bertrand Eliotout, Delachaux&Niestlé (coll. Les sentiers du naturaliste), 2007- LPO Grands Causses, http://rapaces.lpo.fr/grands-causses.