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Dans les vignobles de Savoie au cœur du terroir

écrit le 03 octobre 2019
Paysage viticole en Savoie

Terre de vignobles depuis depuis deux mille ans, la Savoie est connue et reconnue pour son savoir-faire viticole, la diversité et la qualité de ses cépages. Derrière le précieux nectar qui s’invite aujourd’hui sur de nombreuses tables, en France comme à l’étranger, il y a une filière, soutenue par le Département, qui continue d’évoluer pour s’adapter aux contraintes, se moderniser et se professionnaliser. Voyage au cœur des vignes savoyardes !

La filière viticole en chiffres :

  • 2 100 hectares
  • 400 producteurs
  • 129 000 hectolitres de vins produits en 2018, année exceptionnelle en qualité et quantité
  • 20 cépages : 70 % de vins blancs, 20 % de vins rouges, 5 % de rosés et 5 % de vins effervescents
  • 16 millions de bouteilles produites par an
  • 5 % de vente à l’étranger, en augmentation

La 1re production végétale en Savoie !

La viticulture est un marqueur fort de l’agriculture savoyarde. Avec 30 millions d’euros de chiffre d’affaires par an, c’est la 2e activité agricole après la production de lait. Elle contribue à 200 emplois directs et indirects, 500 emplois saisonniers auxquels il faut ajouter 2 000 emplois au moment des vendanges. Cette filière peut compter sur le soutien du Département au travers du Conseil Savoie Mont Blanc qui conduit désormais la politique agricole commune aux deux départements savoyards. Il est formalisé dans un contrat de développement de la filière (2017-2021) mobilisant de l’ordre de 500 000 € et tous les professionnels : viticulteurs, pépiniéristes, coopératives, négociants et acteurs du tourisme. Trois priorités d’action : l’innovation, la performance économique et le respect de l’environnement. Les Départements répondent aussi présent en cas de coups durs, comme ces derniers mois pour épauler la filière face aux dommages provoqués par la grêle.

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Parole d'élu

Lionel Mithieux

Vice-président du Département délégué à l’agriculture, Conseiller départemental du canton de Chambéry 3

« Miser sur la qualité, sur la préservation de l’environnement, reconnaître nos terroirs, défendre nos spécificités et s’adapter au changement climatique : ce sont les piliers de notre politique agricole qui se décline pour la viticulture, en lien étroit avec les professionnels. Cette action volontariste des Départements, associée à la professionnalisation de la filière, porte ses fruits, avec une remarquable montée en gamme et en renommée des vins de Savoie ! Notre effort porte aussi sur le développement des convergences entre acteurs du tourisme et acteurs de la filière viticole parce que nos vignobles constituent aujourd’hui de formidables ambassadeurs du territoire. » 

UNE FILIÈRE FORTE DE SES TERROIRS ET DE SON SAVOIR-FAIRE

Ici, le vignoble vit avec le relief et les microclimats ! Un terrain singulier, associé à des cépages typiques, qui donne des vins à forte différenciation. C’est sur ces terres aussi que se sont développées des pépinières de vignes dont les plants rejoignent des vignobles partout en France et même à l’étranger.

 

À la reconquête des vignobles de pente

Qu’elle s’épanouisse sur les pentes de Monterminod près de Chambéry, les contreforts des Bauges et de Chartreuse, les coteaux de Cevins en Tarentaise, ou ceux de Jongieux dans l’Avant-pays savoyard, la vigne s’est adaptée aux reliefs marqués. Depuis les années 80, le Département et ses partenaires se mobilisent pour reconquérir les anciens secteurs viticoles et éviter le morcellement des parcelles.

Rencontre à Myans avec Philippe Ravier

Comment l’aventure a-t-elle démarré pour vous ?

J’ai démarré la viticulture en 1983 sur 3 hectares. Aujourd’hui, avec mon fils, nous en avons plus de 40 sur 9 communes. 11 hectares dédiés au Chignin Bergeron et à la Mondeuse se trouvent sur des secteurs escarpés, pouvant atteindre une pente à 68 %. C’est en 1986 que j’ai acquis un premier terrain non mécanisable, complétement abandonné. Nous aurions difficilement pu nous lancer sans le coup de pouce du Département.

Quels sont les avantages et les inconvénients des vignobles de pente ?

Je ne vois quasiment que des points positifs ! C’est vrai qu’ils nous obligent à tout faire à la main mais le résultat en vaut la chandelle. Peu soumis au risque de gelée, bénéficiant d’un bon ensoleillement et d’un bon drainage de l’eau, ces vignobles produisent d’excellents raisins et des vins somptueux. Au moment des vendanges, les saisonniers apprécient de ne pas avoir à se baisser sans arrêt et profitent d’une vue magnifique sur la vallée !

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Domaine de Philippe Ravier
Crédit : A. Pernet

Mondeuse blanche et grise, Persan, Verdesse, Robin noir…

Redonner vie à des cépages savoyards tombés aux oubliettes, c’est l’objectif du Centre d’Ampélographie Alpine hébergé au Musée de la vigne et du vin de Savoie à Montmélian. Il conserve précieusement les fonds documentaires viticoles de Pierre Galet : pas moins de 10 000 cépages répertoriés en France et dans le monde ! Sur le terrain, il s’agit de retrouver des plants anciens et de les remettre au goût du jour. Plusieurs parcelles à Montmélian, Les Marches et Saint-Julien-Montdenis font office de conservatoire. Philippe Grisard, basé à Cruet, participe à cet effort de sauvegarde du patrimoine viticole savoyard. « C’est un travail de longue haleine, avec les collectes de greffons, la préparation et l’envoi d’échantillons pour les tests sanitaires à l’Institut français de la vigne et du vin à Montpellier, la multiplication souche par souche par des pépiniéristes volontaires et la mise en culture par des vignerons bénévoles. En revalorisant ces cépages, nous espérons insuffler une dynamique nouvelle aux vins de Savoie. »

 

 

Pépinières : aux racines de la vigne

Trente pépiniéristes viticoles, 25 millions de plants commercialisés chaque année : la Savoie est sur le podium des départements français producteurs de plans de vigne. Un savoir-faire né après la catastrophe du phylloxéra qui a ravagé les vignes en France à la fin du 19e siècle. La solution trouvée : greffer des variétés françaises sur des pieds américains résistants, des porte-greffes aujourd’hui encore considérés comme miraculeux !

Pour mieux comprendre, direction Saint-Pierre d’Albigny et la pépinière de Benjamin Vendange.

« La pépinière a été créée par mon grand-père. Depuis trois ans, nous la modernisons avec l’aide du Département et de la Région. En fonction des besoins et des sols de nos clients viticulteurs, nous prélevons des bourgeons issus de nos vignes et des porte-greffes issus de boutures d’origine américaine. Pour le greffage, nous superposons mécaniquement un porte-greffe de 30 cm et un bourgeon de 1 cm, protégés avec une cire rouge. Pour que la sève monte et que la greffe prenne, nous les stockons dans une salle où la température est à 30 °C puis, en mai, nous les plantons sur nos parcelles. Une fois les plants assez développés en novembre, nous les récoltons. Après leur ramassage et le contrôle qualité, seuls 50 à 60 % pourront être vendus aux viticulteurs en avril. Nous commercialisons chaque année environ un million de plants d’une trentaine de variétés à 250 clients de l’est de la France. Entre leur production et la mise en bouteille du vin par le viticulteur, il faut compter cinq ans, ce qui nous oblige à voir loin ! »

Pépinière B.VENDANGE 1

Benjamin Vendange sur sa pépinière

La Savoie, un écrin pour la vigne

Au 1er siècle après J.-C., les auteurs Pline l’Ancien et Columelle faisaient déjà l’éloge des vignes d’Allobrogie, ancêtres des vins de Savoie ! C’est qu’ici la vigne a trouvé une terre à son goût : des hivers froids, des étés chauds, des sous-sols calcaires composés d’alluvions, de moraines glaciaires et de terrasses fluviales. De cet écrin entre plaine et montagne, les vignes ont su tirer le meilleur et façonner des paysages contrastés de la Combe de Savoie à la Chautagne, en passant par la Cluse de Chambéry et l’Avantpays savoyard. Parmi les cépages emblématiques de ces terroirs, Jacquère, Altesse, Roussanne, Gamay ou encore Mondeuse produisent des vins typiques, récompensés par 1 IGP (*), Vin des Allobroges, et 3 AOC/ AOP (*) : Roussette de Savoie, Seyssel et Vins de Savoie dont fait partie le dernier-né de la famille, le « Crémant de Savoie ».

 

(*) IGP : Indication géographique protégée

(**) AOC / AOP : Appellation d’origine contrôlée / Appellation d’origine protégée

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Crédit : Laurent Madelon 

Interview croisée de Michel Quenard, Président du Syndicat régional des Vins de Savoie, et Pierre Viallet, Président du Comité interprofessionnel des Vins de Savoie

 

Quels sont les principaux enjeux pour la filière viticole aujourd’hui ?

Michel Quenard : Nous pouvons miser sur des AOC plurielles, dynamiques et authentiques avec un bel avenir mais il faut rester attentif à ce que souhaitent les consommateurs. Nous devons aussi leur expliquer comment nous produisons, être transparents. Les vignerons l’ont bien compris, avec une forte volonté par exemple de réduire les traitements phytosanitaires et renforcer les pratiques respectueuses de l’environnement.

Pierre Viallet : Nos productions doivent effectivement s’inscrire dans un environnement de qualité. C’est un sujet essentiel qui nous mobilise, avec l’abandon de certaines pratiques comme le brûlage par exemple, mais aussi le développement du bio et des démarches vertueuses pour viser la Haute valeur environnementale (HVE).

 

Quelles sont les priorités pour l’avenir ?

Michel Quenard : Il faut poursuivre nos efforts pour soutenir la qualité de la production et assurer l’excellence de nos vins ! C’est ce qui motive par exemple le Plan Ambition Mondeuse qui prévoit la création d’une appellation plus ambitieuse en orientant ce cépage emblématique de notre vignoble vers des 1ers crus plus qualitatifs en parfaite adéquation avec l’évolution climatique.

Pierre Viallet : Produire de bons vins et aussi le faire savoir ! En renforçant notamment nos actions commerciales, y compris à l’export où nous avons des marges de progression. Notre Crémant, AOC depuis 2014, connaît un succès évident ; il faut poursuivre son développement. Nous avons aussi la chance de nous inscrire dans un territoire touristique à forte renommée. À nous de saisir cette opportunité pour y ancrer une offre oenotouristique attrayante.

UN VIGNOBLE À HAUTE VALEUR ENVIRONNEMENTALE

Comment cultiver des vignes tout en respectant la nature ? La prise de conscience est réelle et les pratiques évoluent depuis plusieurs années pour répondre aux enjeux et baisser l’empreinte environnementale de la filière.

 

Un label proposé par le Ministère de l’agriculture et de l’alimentation

Pour une transition vers des systèmes de production responsable, certains viticulteurs ont fait le choix de l’agriculture biologique, d’autres de l’agriculture raisonnée et de la certification Haute valeur environnementale (HVE).

C’est le cas de Chantal Chevallier Bernard qui, en 1996, a repris avec son mari l’exploitation familiale de Jongieux, rejoints par leur fils il y a trois ans. « Mes parents m’ont transmis cette terre que je me dois de respecter et de laisser à mon tour aux générations futures. Les consommateurs sont de plus en plus attentifs à nos pratiques comme nous-mêmes d’ailleurs car il en va de la santé de tous ! Nos efforts nous ont conduits à une première certification en 2006 en agriculture raisonnée suivie en 2016 de l’obtention du label HVE. Nos vignes sont enherbées, nos talus sont entretenus sans désherbant et nous préservons les haies, les arbres et les pierriers, essentiels à la vie des insectes et de la petite faune. »

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Le logo HVE peut être apposé sur les produits bruts ou transformés s’ils contiennent au moins 95 % de matière premières issues des exploitations certifiées HVE.

VITIVALO, ou comment limiter l’impact de la filière viticole sur la qualité de l’air

Ce projet (2017-2022) est piloté par l’Université Savoie Mont Blanc avec le soutien de nombreux partenaires dont le Département. L’objectif est double : étudier l’impact du brûlage des déchets viticoles à l’air libre, émetteur de particules fines et interdit par arrêté préfectoral depuis 2017, et développer de nouvelles filières pour donner une seconde vie aux déchets viticoles. Au total 30 000 m³/an de sarments, souches et plants de vignes ou déchets de coupe sont concernés ! À l’étude, leur utilisation comme matériaux d’isolation pour le BTP, de compostage, ou encore une valorisation chimique pour tirer parti des propriétés antioxydantes des molécules en cosmétique, pharmacie ou sous forme de compléments alimentaires. Durant l’année scolaire écoulée, l’opération « 1 an avec VITIVALO » a permis de sensibiliser les écoliers des Marches et de Saint-Pierre-d’Albigny grâce à des rencontres avec les viticulteurs et dans les laboratoires de l’Université Savoie Mont Blanc.

QUAND LA VIGNE JOUE LA CARTE DU TOURISME

Dans une étude INTERREG/Savoie Mont Blanc, dévoilée en juin 2019, 17 % des touristes interrogés indiquaient avoir participé, durant leur séjour, à une ou plusieurs animations autour de la Route des vins. Il faut dire que l’offre oenotouristique est de plus en plus riche et originale. À découvrir absolument !

 

Suivez le label Vignobles & Découvertes

C’est la marque des destinations à vocation touristique et viticole. En Savoie Mont Blanc, plus de 120 prestataires sont labellisés : offices de tourisme, restaurateurs, viticulteurs, hébergeurs et prestataires d’activités. Tous mettent les petits verres dans les grands pour accueillir leurs visiteurs et leur faire découvrir le patrimoine viticole savoyard. En Savoie, les caves coopératives de Chautagne et de Cruet bénéficient de ce label qui profite également à deux destinations spécifiques : Coeur de Savoie et Vignobles de Savoie-Aix-les-Bains Riviera des Alpes.

Toutes les infos et animations sur :

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Crédit : musée de la vigne et du vin

Sur la Route des vignobles alpins

Et pourquoi ne pas découvrir et déguster (avec modération !) ce patrimoine des deux côtés des Alpes ? Le projet ALCOTRA Route des vignobles alpins, piloté par la Ville métropolitaine de Turin en partenariat avec Savoie Mont Blanc Tourisme, Coeur de Savoie et Grand Lac, fait tomber les frontières ! Avec le soutien de l’Union européenne, le projet contribue, côté Savoie, à la création d’outils de découverte interactifs des vignobles, au marquage physique des sites d’exception, à l’aménagement de sentiers viticoles sur le secteur de Grand Lac, à l’organisation d’événements et d’actions de protection des paysages viticoles ainsi qu’à la mise en place d’ambassadeurs de ce patrimoine.

Arrêtez-vous en chemin au Musée de la vigne et du vin de Savoie à Montmélian !

L’établissement qui fête cette année son 20e anniversaire s’est associé au projet « Route des vignobles alpins » pour faire peau neuve Désormais complètement accessible aux personnes à mobilité réduite, il a rouvert ses portes le 17 juillet après huit mois de travaux. La nouvelle scénographie invite à découvrir le travail de la vigne au fil des saisons, depuis la fabrication du vin jusqu’à sa conservation. À travers des panneaux explicatifs illustrés, des films, des jeux, des animations ludiques et bien sûr de nombreux objets et outils d’époque, comme un impressionnant alambic de 1907, le musée présente les paysages, les techniques et les préoccupations actuelles des viticulteurs.

Hélène Hachenberger, directrice du musée, témoigne : « L’univers du vin est captivant, c’est un mélange d’histoire, de géologie, de science, de technique mais il s’appuie aussi et surtout sur le travail d’hommes et de femmes passionnés. Nous sommes heureux de mettre en valeur tous ces aspects grâce à un parcours de visite enrichi et accessibles à tous, jeunes et moins jeunes. »

Journée portes ouvertes avec visites gratuites et balade gourmande le 19 octobre 2019.

+ d’infos sur : montmelian.com

 

Dossier à paraître dans le Savoie Mag n°49 / Octobre 2019

Crédit : Eve Hilaire

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