Exemple

Le premier numéro du Monde paraît le 18 décembre 1944, daté du 19 décembre sur une seule page recto verso. Il succède au journal Le Temps qui, victime de l'ordonnance du 30 septembre 1944 sur les titres ayant paru sous l'occupation de la France par l'Allemagne, a vu ses locaux réquisitionnés et son matériel saisi. Le Monde, bénéficiaire de cette confiscation, en reprend le format et la présentation, l’équipe rédactionnelle, les ouvriers et employés ainsi que les anciens locaux situés rue des Italiens, locaux où il restera 44 ans et qui lui valent le surnom de « quotidien de la rue des Italiens ». Le général de Gaulle, qui souhaitait doter la France d'un « journal de prestige » tourné vers l'étranger et qui serait « l'officieux » de la République, est un élément moteur de sa création14. Il charge son Ministre de l'Information Pierre-Henri Teitgen d'en trouver le directeur, choix difficile car la plupart des hommes de presse de l'époque étaient d'anciens collaborateurs ou déjà à la tête de journaux de la presse clandestine15. Georges Bidault, le président du Conseil national de la Résistance lui suggère le nom d'Hubert Beuve-Méry. Ce dernier hésite longtemps car il veut diriger un journal indépendant vis-à-vis des pouvoirs politiques, économiques et religieux. Le 11 décembre 1944, Hubert Beuve-Méry fonde la société à responsabilité limitée Le Monde au capital de 200 000 francs répartis en 200 parts sociales, son premier comité de rédaction comprend également René Courtin, professeur de droit, et Christian Funck-Brentano, ancien chargé des questions de presse au cabinet du général de Gaulle16. Le quotidien, destiné comme Le Temps aux élitesNote 1, tire à 150 000 exemplaires dès 1945. Né dans l'ombre du pouvoir, Le Monde s'en émancipe progressivement grâce à Hubert Beuve-Méry qui acquiert son indépendance rédactionnelle durant la guerre froide et la guerre d'Indochine17.

En 1951, la Société des rédacteurs du Monde est créée, qui a pour mission de veiller à l'indépendance journalistique du titre. Elle se voit initialement attribuer un peu plus de 28 % des parts de la SARL Le Monde18. Suivront la société des employés et des cadres en 1968, et celle des lecteurs en 1985. Les salariés du journal tiennent une place centrale dans la gestion du quotidien. À l'époque, la ligne éditoriale, sans se revendiquer explicitement de gauche, est généralement solidaire des mouvements révolutionnaires socialistes (Vietnam, Portugal, allant jusqu'à titrer « Phnom Penh libérée » lors de la prise de la ville par les Khmers rouges, en avril 197519,20).

En 1954 est lancé le Monde diplomatique21.

En 1956, Le Monde devient propriétaire de son immeuble rue des Italiens.

Le journal refuse en 1957 la publication d'un article de Jean-Paul Sartre consacré à l'usage de la torture en Algérie22.

À partir du début des années 1960 la diffusion du titre connaît une forte expansion, qui la fera tripler en 20 ans, passant de 137 433 exemplaires en 1960 à 347 783 en 1971, puis près de 500 000 à la fin des années 197023.

Hubert Beuve-Méry, le fondateur du titre, prend sa retraite en 196924.

La fin des années 1970 se caractérise notamment par une hostilité forte des journalistes du quotidien vis-à-vis de Valéry Giscard d'Estaing. En 2014, dans une enquête intitulée Le jour où… « Le Monde » choisit de torpiller Giscard25, Raphaëlle Bacqué revient sur l'affaire des diamants telle qu'elle fut vécue à l'intérieur du Monde et évoque l'aspect très politique de son exploitation. Son enquête mentionne notamment l'hostilité générale des journalistes de la rédaction à Giscard d'Estaing et leurs proximités avec l'opposition. Elle indique aussi les débats internes entre ceux, tels que le chef du service politique, Raymond Barillon, qui sont circonspects et réticents à reprendre les révélations du Canard enchaîné et ceux, tels l'éditorialiste Philippe Boucher, abhorrant le giscardisme, qui veulent pousser l'affaire en l'amalgamant notamment avec des révélations mentionnées par Minute sur un permis de construire obtenu par Raymond Barre et des informations sur le patrimoine en Afrique de cousins de Giscard. Philippe Boucher, plus tard nommé au Conseil d'État par François Mitterrand, reconnaîtra en 2014 avoir eu la dent un peu dure dans l'exploitation de cette histoire25.

1980-2000 : difficultés financières

De 2004 à 2020, la rédaction du Monde était installée dans un bâtiment situé au 80 boulevard Auguste-Blanqui, dessiné par Christian de Portzampac et habillé par une immense fresque de Plantu.
En 1981, Claude Julien succède à Jacques Fauvet. En 1982, André Laurens prend la suite. En 1985, il est écarté de la direction à la suite de la baisse des ventes (alors qu'il titrait en moyenne 434 000 exemplaires entre 1974 et 1981, années qui marquent la fin de l'expansion de son lectorat, il voit sa diffusion chuter à 335 000 exemplaires en 1985, le faisant descendre en dessous de son seuil de rentabilité26), et son apport au socialisme mitterrandien[pas clair]27. Il est alors remplacé par André Fontaine28.

En 1985, la BNP exige que le journal vende son immeuble de la rue des Italiens29.

Le Monde s'installe 15, rue Falguière (15e) en avril 1989 dans un bâtiment conçu par les architectes Pierre du Besset et Dominique Lyon, puis 21 bis rue Claude-Bernard (5e) en 1996 et enfin, en 2004, boulevard Auguste-Blanqui (13e) dans un bâtiment conçu par l'architecte Christian de Portzamparc, dont l'architecture s'inspire du siège du New York Times30.

En 1989, en raison de la concurrence de Libération et d'un renouveau du Figaro, la diffusion a reculé de 40 000 exemplaires en dix ans31.

En février 1990 un triumvirat doit succéder à André Fontaine. Composé de Daniel Vernet (gérant-directeur), Bruno Frappat (directeur de la rédaction) et Martin Desprez (directeur-gestionnaire), il cède finalement sa place, à la suite de rivalités internes, à Bruno Frappat (toujours à la tête de la rédaction) et à Jacques Lesourne, économiste, élu directeur de la publication du Monde le 8 janvier 1991 – il devient le premier non-journaliste à ce poste32.

En 1994, Le Monde troque le statut de SARL pour celui de société anonyme (SA) à directoire et conseil de surveillance. À la suite de la démission de Jacques Lesourne qui ne peut enrayer la chute de la diffusion du titre et du chiffre d'affaires publicitaire, Jean-Marie Colombani, rédacteur en chef, est élu directeur de la publication du journal en mars 199431, d'abord par la société des rédacteurs puis par les actionnaires du journal. En avril 1994, Colombani nomme Noël-Jean Bergeroux directeur de la rédaction. En 1995, il lance une nouvelle formule du quotidien. L'anti-chiraquisme de Colombani (il ne dissimule pas son hostilité à Jacques Chirac à la suite de la tragédie d'Ouvéa), l'anti-mitterrandisme d'Edwy PlenelNote 2 et le mondialisme balladurien d'Alain Minc, président du conseil de surveillance de la SA Le Monde, font que leur journal est accusé par ses confrères de balladurisme (tel Le Canard enchaîné qui titre le 18 janvier 1995 « Le Monde balladurisé ? C'est pas une Minc affaire ») lors de l'élection présidentielle française de 1995 et jettent le trouble dans son lectorat33.

En 1995, Le Monde connaît une première recapitalisation, de 295 millions de francs. En 1996, Le Monde se lance sur Internet avec Lemonde.fr, qui propose des dossiers en ligne, la Une en version graphique à partir de 13 heures, l’intégralité du journal avant 17 heures, l’actualité en liaison avec l’AFP et des rubriques sur la Bourse, les livres, le multimédia et le sport. Deux ans plus tard, le journal complet en ligne coûte 5 FF (soit 0,76 euro de l'époque) alors que le journal imprimé coûte 7,50 FF (1,15 euro)34. S’ils concernent le multimédia, les articles du supplément imprimé hebdomadaire Télévision-Radio-Multimédia sont disponibles gratuitement en ligne dans la rubrique Multimédia, rebaptisée ensuite « Nouvelles technologies ».

Années 2000 : stratégie d'expansion
Jean-Marie Colombani est réélu en 2000 pour un nouveau mandat, au cours duquel il engage le titre dans la construction d'un groupe de presse, l'actuel Groupe Le Monde. Après avoir tenté en vain de racheter L'Express à Vivendi Universal Publishing (ex-Havas) en 199735, il prend le contrôle du groupe Les Journaux du Midi (anciennement Midi Libre SA) en 1999 et acquiert 30 % des « Publications de la vie catholique » en 2003, lesquelles incluent notamment La Vie, Courrier international et Télérama – le groupe revend le patrimoine immobilier de ce dernier36. En 2002 et en 2003, plus de 60 millions d'euros sont émis en obligations remboursables en actions (ORA), ce qui alourdit toutefois un endettement à long terme déjà élevé37,38,39.

En février 2003, paraît le livre La Face cachée du Monde de Pierre Péan et Philippe Cohen40 très critique à l'égard des trois dirigeants du Monde, Jean-Marie Colombani, Alain Minc et Edwy Plenel. Le groupe Le Monde, notamment, porte plainte pour diffamation41,42 ; le conflit, médiatisé, est finalement résolu à l'amiable en juin 2004, évitant la tenue d'un procès43,44,45. Voir, infra, la section « La Face cachée du Monde ».

En 2004, paraît une enquête sur le génocide du Rwanda – Patrick de Saint-Exupéry, L'Inavouable : La France au Rwanda – qui, selon Éric Fottorino, provoque le malaise des journalistes du Monde, le journal ayant entériné la vision fausse et facile d'un double génocide qui dédouanait la diplomatie française, gauche et droite confondues46.

Le 29 novembre 2004, Edwy Plenel démissionne de la direction de la rédaction du journal47,48,49, avant de quitter définitivement Le Monde en septembre 200550,51.

De 1980 à 2005, Le Monde est le partenaire de l'émission audiovisuelle Le Grand Jury52. Il est remplacé par Le Figaro en septembre 2005 à la suite d'une augmentation du capital dans le journal Le Monde du groupe Lagardère, propriétaire de la station de radio concurrente Europe 153.

Le 7 novembre 2005, Le Monde publie une nouvelle formule, préparée par Éric Fottorino et son groupe de réflexion « Vivaldi »54, qui propose un profond changement de l'architecture du quotidien55,56. Elle permet une remontée durable de la satisfaction des lecteurs, au-dessus de 80 %, selon Éric Fottorino54.

En 2006, Jean-Michel Dumay voit son mandat de président de la société des rédacteurs renouvelé. Le groupe Le Monde revend les Éditions Desclée de Brouwer à l'éditeur suisse Parole et Silence spécialisé dans la spiritualité chrétienne. En juin, Pierre Jeantet remplace Jean-Paul Louveau comme directeur général. En octobre, la société des rédacteurs du Monde s'oppose à la création d'un « pôle sud » de la presse quotidienne régionale réunissant les actifs du Monde (Midi libre, L'Indépendant, Centre Presse) et ceux du groupe Hachette-Filipacchi de Lagardère (La Provence, Nice-Matin, Corse-Matin et Var-Matin) à travers une holding commune. Pierre Jeantet et Bruno Patino entrent dans un directoire aux côtés d’Éric Fottorino.

Laurent Mauduit qui était devenu éditorialiste, après s'être prononcé publiquement contre l'entrée au capital du journal du groupe Lagardère, quitte le journal en décembre 2006, dénonçant la censure de l'un de ses articles à propos des Caisses d'épargne57.

Crise du directoire de 2007-2010
Le 22 mai 2007, la société des rédacteurs du Monde refuse d'accorder un troisième mandat à Jean-Marie Colombani à la tête du directoire du groupe, avec 48,5 % des suffrages en faveur de la reconduction et 46,7 % contre (mais 60 % des voix étaient nécessaires selon les règles internes du journal). Le 2 juillet, Pierre Jeantet (recruté un an plus tôt comme directeur général) lui succède au poste de président du directoire du groupe Le Monde, avec Bruno Patino comme vice-président, tandis qu'Éric Fottorino (précédemment directeur de la rédaction) lui succède au poste de directeur du journal (les fonctions de président du groupe et de directeur du journal étant désormais dissociées).

Le 19 décembre 2007, à la suite de désaccords en matière financière entre la direction et la Société des rédacteurs du Monde, le président du directoire Pierre Jeantet, le vice-président Bruno Patino et le directeur du journal Éric Fottorino démissionnent en bloc58. Le 4 janvier 2008, alors que Pierre Jeantet et Bruno Patino confirment leur démission, Éric Fottorino décide finalement de ne pas démissionner59. Il devient président du directoire le 25 janvier 200860.

En janvier 2008, Jean-Michel Dumay claque la porte de la société des rédacteurs du Monde (SRM) en dénonçant un « marchandage indigne »61. Le même mois, le journal est condamné par un tribunal de Barcelone, à 300 000 euros de dommages-intérêts pour avoir publié un article jugé diffamatoire évoquant les pratiques du dopage au FC Barcelone62.

Fin 2008, le groupe Le Monde cède la librairie religieuse La Procure pour 3 à 4 millions d'euros. En avril 2008, il met en vente la société éditrice des Cahiers du cinéma, les Éditions de l'Étoile. En janvier 2009, le groupe d'édition d'art Phaidon en devient propriétaire. Toujours en 2009, il vend sa branche jeunesse, composée de Fleurus presse et de Junior hebdo, à Héros et Patrimoine, une société détenue par Financière de loisirs et par le fonds d'investissement américain Open Gate Capital.

En mai 2009, Éric Fottorino reproche sa vantardise et sa frénésie à Nicolas Sarkozy dans un éditorial. Le milliardaire Vincent Bolloré, ami du chef de l’État, annonce qu’il va cesser de faire imprimer son quotidien gratuit Direct Matin sur les rotatives du Monde. Le Journal du dimanche, qui appartient au milliardaire Arnaud Lagardère, autre ami de Nicolas Sarkozy, fait savoir qu’il changera d’imprimerie. Enfin, Les Échos, propriété du milliardaire Bernard Arnault, lui aussi ami personnel du président, dénonce le contrat souscrit avec l’imprimerie dont Le Monde est propriétaire. Pour Éric Fottorino, le pouvoir tentait de nous asphyxier par la voie industrielle.

Dans la même période, une enquête du Monde signale le rôle central de la banque BNP Paribas dans le capitalisme de connivence français, citant plusieurs fois son PDG, Michel Pébereau. Cet épisode est à l'origine du refus de BNP Paribas, pourtant banque historique du Monde, d'aider le quotidien en grave difficulté. Pour Éric Fottorino, sans doute n’était-il pas opportun, au moment où nous discutions notre avenir, d’irriter celui qui tenait une partie de la solution entre ses mains. (...) Déplaire nous condamnait-il à dépérir ? Il était de toute façon trop tard pour faire marche arrière.63.

Années 2010
En juin 2010, cinq repreneurs sont présentés64 : Le Nouvel Observateur, El País, le groupe de presse qui édite L'Espresso (Italie), le groupe de presse Ringier (Suisse) ainsi qu'un trio formé par Pierre Bergé (entrepreneur, propriétaire du magazine Têtu), Matthieu Pigasse (homme d'affaires, propriétaire et président du magazine Les Inrockuptibles) et Xavier Niel (fondateur de Free). Par ailleurs, le président de la République Nicolas Sarkozy rencontre Éric Fottorino le 9 juin 2010, alors que le journal cherche d'urgence un repreneur, pour interdire la reprise du journal par le trio Bergé-Pigasse-Niel et le met en garde en déclarant que si cette option était choisie, l'État renoncerait à verser 20 millions d'euros pour participer au sauvetage de l'imprimerie du journal65,66. L'autre repreneur potentiel est formé du groupe Nouvel Observateur et Orange67. Fin juin, l'offre du trio Bergé-Pigasse-Niel est plébiscitée par les salariés actionnaires68. Orange et Le Nouvel Observateur décident de retirer leur offre69. Ce choix est validé par le vote du conseil de surveillance (11 voix pour et 9 abstentions) le 28 juin70. Le 2 novembre, le rachat du journal par le trio est entériné71,72. Le groupe Le Monde est alors contrôlé par la société Le Monde libre qui possède 64 % du capital, cette société étant détenue par les trois hommes d'affaires ainsi que par le groupe de presse espagnol Prisa73.

Le 14 septembre 2010, Le Monde annonce qu'il porte plainte contre X pour « violation du secret des sources » après que les services secrets français (DCRI) ont été mis à contribution par l'exécutif pour identifier la source d'un journaliste de la rédaction. Bernard Squarcini, directeur de la direction centrale du renseignement intérieur, le reconnaît dans un entretien au Nouvel Observateur : il a ordonné un « éclairage DCRI » sur des fuites provenant du ministère de la Justice au sujet de l'affaire Woerth-Bettencourt, une enquête qui peut être considérée comme une atteinte au secret des sources, protégées par la loi, et donc à la liberté de la presse.

Le 15 décembre 2010, Éric Fottorino est révoqué de la présidence du directoire du groupe Le Monde et de sa fonction de directeur de la publication, pour divergences de point de vue avec les actionnaires, tout en restant provisoirement le directeur du journal ; Louis Dreyfus est nommé à sa place à la présidence du directoire74,75. Puis, le 7 février 2011, le conseil de surveillance du groupe Le Monde nomme Érik Izraelewicz directeur des rédactions du groupe et membre du directoire, choix ratifié le 10 février par les journalistes avec 74 % des voix76,77.

Le 27 novembre 2012, Érik Izraelewicz meurt à l'âge de 58 ans, victime d'une crise cardiaque au siège du Monde78. Le 30 novembre, Alain Frachon le remplace à titre intérimaire79.

Le 1er mars 2013, Natalie Nougayrède, proposée à ce poste par les trois principaux actionnaires du groupe, Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse, devient la directrice du Monde après un vote positif de la Société des Rédacteurs du journal80.

Sa nomination, pour un mandat de 6 ans, à la direction du Monde et comme membre du directoire en tandem avec Louis Dreyfus, président de ce dernier, est validée à l'unanimité par le Conseil de surveillance du groupe le 6 mars 201381. Dans un communiqué, il est précisé que tous deux « doivent placer la révolution numérique au cœur de leurs mandats »81.

En février 2014, un mouvement de contestation est déclenché dans le journal par l'annonce d’un plan de mobilité prévoyant le passage vers la version numérique d’une cinquantaine de postes et la suppression d'un certain nombre de rubriques (Logement et exclusion, Économie sociale et solidaire, Banlieue...)82,83.

Le 6 mai, sept membres de la rédaction en chef du Monde – François Bougon, Vincent Fagot, Julien Laroche-Joubert, Damien Leloup, Cécile Prieur, Françoise Tovo et Nabil Wakim – démissionnent et dénoncent des dysfonctionnements majeurs, ainsi qu'une absence de confiance et de communication avec la direction de la rédaction84,85.

Le 9 mai, Vincent Giret et Michel Guerrin, les deux adjoints de la directrice du Monde, démissionnent à leur tour, mis en cause par une partie de la rédaction qui demandait leur départ86.

Enfin, le 14 mai, à la suite d'un bras de fer avec la rédaction et d'une absence de soutien des actionnaires87, Natalie Nougayrède jette l'éponge et démissionne de son poste88,89. Dans un texte envoyé à l’AFP90, elle explique n’avoir « plus les moyens d’assurer en toute plénitude et sérénité » ses fonctions.

Le 28 mai, un nouvel organigramme est mis en place91 : Gilles van Kote est promu membre du directoire et directeur du Monde par intérim par le trio Bergé-Niel-Pigasse dans l'attente d'un vote de la Société des rédacteurs du Monde (SRM) tandis que Jérôme Fenoglio devient directeur des rédactions.

Le 6 octobre 2014, Le Monde lance une nouvelle formule voulue plus claire et plus aérée, selon son directeur général Louis Dreyfus92.

Le 30 juin 2015, à la suite de la démission de Gilles van Kote due au refus de la Société des rédacteurs du Monde de soutenir sa candidature définitive93 et à l'issue d'un deuxième vote de celle-ci94, Jérôme Fenoglio accède au poste de directeur du quotidien tandis que Luc Bronner le remplace en tant que directeur des rédactions95.

Les décodeurs, rubrique du site Web du journal Le Monde, est créée le 10 mars 201496 et le 1er février 2017, les journalistes de la rubrique créent un moteur de recherche baptisé Décodex (cf. la section Critiques ci-dessous).

À la suite du décès de Pierre Bergé en septembre 2017, Xavier Niel et Matthieu Pigasse rachètent chacun la moitié de ses parts dans Le Monde libre, holding qui détient 72,5 % du Groupe Le Monde13.

Années 2020

Le nouveau siège du journal, alors en contruction en 2018, est situé 67/69, avenue Pierre-Mendès-France.
Début 2020, l'ensemble des services du groupe Le Monde s'installe dans un bâtiment dessiné par le cabinet d'architectes norvégien Snøhetta. Le nouveau siège est situé avenue Pierre-Mendès-France, dans le quartier Paris Rive Gauche (13e), en surplomb des voies de la gare d'Austerlitz97.

Directeurs
Hubert Beuve-Méry (1944-1969)
Jacques Fauvet (1969-1981)
Claude Julien (1981-1982)
André Laurens (1982-1985)
André Fontaine (1985-1991)
Jacques Lesourne (1991-1994)
Jean-Marie Colombani (1994-2007)
Pierre Jeantet (juin 2007 – février 2008)98
Éric Fottorino (février 2008 – décembre 2010)
Érik Izraelewicz (février 2011 – novembre 2012)
Alain Frachon (intérim de novembre 2012 à mars 2013)
Natalie Nougayrède (mars 2013 – mai 2014)
Gilles van Kote (intérim de mai 2014 à mai 2015)
Jérôme Fenoglio (juin 2015 –)
Directeurs de la rédaction
Bruno Frappat (1991-1994)
Noël Bergeroux (1994-1996)
Edwy Plenel (1996-2004)
Gérard Courtois (2004-2006)
Éric Fottorino (2006 – septembre 2007)
Alain Frachon (1er septembre 2007 – 17 janvier 2010)
Sylvie Kauffmann99 (18 janvier 2010 – juin 2011)
Érik Izraelewicz (juin 2011 – 27 novembre 2012)
Alain Frachon (intérim du 30 novembre 2012 – mars 2013)
Natalie Nougayrède (mars 2013 – mai 2014)
Jérôme Fenoglio (mai 2014 – juin 2015)
Luc Bronner (juin 2015 - )
Organigramme actuel
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Organigramme au 23 août 2016

Position du Monde dans l'espace politique français
Le journal est le point de jonction de plusieurs grands courants d'idées principalement liés au courant de la social-démocratie chrétienne sur le plan intérieur.

Jean-Jacques Servan-Schreiber, responsable de la page de politique extérieure, quitte le journal au début des années 1950 en lui reprochant son neutralisme dans les relations Est-Ouest100. En 1955, les milieux d'affaires reprochent au Monde une position trop à gauche et lancent un concurrent, Le Temps de Paris, opération qui échouera101.

Sous la Ve République, le journal soutient la politique étrangère du général de Gaulle102, tout en critiquant sa politique intérieure.

Dans les années 1970, il s'oriente clairement vers un soutien à l'Union de la gauche103 et dénonce les scandales financiers qui éclatent sous la présidence de Giscard d'Estaing (affaire des diamants104, etc.). Il soutient alors la candidature de François Mitterrand à l'élection présidentielle française de 1981105. Après la victoire du candidat socialiste, Jacques Fauvet écrit dans le numéro du 11 mai 1981 : Cette victoire c'est enfin celle du respect sur le dédain, du réalisme sur l'illusion, de la franchise sur l'artifice, bref, celle d'une certaine morale106.

Après l'élection, le soutien affiché du journal à François Mitterrand lui coûte de nombreux lecteurs107, ce qui amène le journal à prendre ses distances, affichant notamment son scepticisme sur la politique de nationalisations menée par Pierre Mauroy105. C'est notamment la dénonciation du scandale du Rainbow Warrior qui permet au journal de faire preuve de son indépendance et de voir ses ventes rebondir108. Le Monde est ensuite en première ligne dans la dénonciation des scandales de l'ère Mitterrand (Affaire des Irlandais de Vincennes109, Carrefour du développement, etc.). Une véritable animosité oppose alors Mitterrand au journal, visant plus particulièrement le journaliste Edwy Plenel110. Plusieurs journalistes du Monde font ainsi l'objet d'écoutes téléphoniques clandestines de la part du pouvoir111.

Lors de l'élection présidentielle de 1995, le journal prend le parti d'Édouard Balladur contre Jacques Chirac112.

Lors de l'élection de 2002, les journalistes Philippe Cohen et Pierre Pean affirment que le journal a mené une campagne active pour Lionel Jospin113.

En 2007, le directeur du Monde Jean-Marie Colombani appelle à voter Ségolène Royal dans les colonnes du journal114.

Critiques et polémiques
La pertinence de cette section est remise en cause. Considérez son contenu avec précaution. Améliorez-le ou discutez-en. (décembre 2019)
Motif avancé : où sont les sources de synthèse de qualité attestant que sont recensées les principales critiques et polémiques; lesquelles existent pourtant depuis la création de ce journal ? Et que WP:Proportion est respecté dans l'histoire de ce média ?
Le Temps de Paris
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Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (janvier 2018).
En 1955/56, le CNPF présidé par Georges Villiers pensait que Le Monde était trop orienté à gauche et décida d'aider au lancement d'un quotidien concurrent, Le Temps de Paris. L'opération était coordonnée par l'ancienne éminence grise de Pierre Laval, Jean Jardin ; dès la publication du premier numéro, en mars 1956, le directeur du Monde, Hubert Beuve-Méry, fut rassuré par la qualité jugée plutôt médiocre du journal concurrent, dont la publication s'arrêta au bout de quelques mois115.

La Face cachée du Monde
Article détaillé : La Face cachée du Monde.
En 2003, une série d'ouvrages et de travaux ont critiqué la neutralité du journal. Dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales, le sociologue de l'école bourdieusienne Patrick Champagne analysait l'évolution du quotidien et l'influence de Jean-Marie Colombani dans l'article « Le médiateur entre deux mondes ».

Ces critiques devinrent accusations dans l'essai La Face cachée du « Monde », où Pierre Péan et Philippe Cohen affirment, entre autres choses, que l'équipe dirigeante, constituée alors de Jean-Marie Colombani, Edwy Plenel et Alain Minc, avait pris le parti de s'orienter vers une logique de rentabilité et de vente faisant fi, selon eux, des règles déontologiques. Le non-respect de la raison d'État fut également au cœur de la critique de La Face cachée du « Monde ». Enfin, les critiques pointaient également du doigt certains parti-pris éditoriaux.

Daniel Schneidermann, à l'époque employé du Monde, chroniqueur au supplément radio-TV du quotidien et lui-même animateur d'une émission de télévision sur France 5, a critiqué dans son ouvrage Le Cauchemar médiatique la réaction de la direction du quotidien, en estimant que celui-ci ne répondait pas aux arguments du livre La Face cachée du « Monde ». Les dirigeants du Monde l'ont licencié en octobre 2003 pour « cause réelle et sérieuse » : selon eux, un passage du livre de Daniel Schneidermann était « attentatoire à l’entreprise pour laquelle il travaille ». Le journaliste a poursuivi le quotidien aux prud'hommes de Paris, qui lui ont donné gain de cause en mai 2005116. Le jugement a été confirmé en appel en mars 2007117.

Alain Rollat, journaliste au Monde de 1977 à 2001, s'est livré, quant à lui, à une sévère auto-critique des errements survenus dans la gestion de l'entreprise sous la direction de Jean-Marie Colombani, principal responsable, à ses yeux, de l'emprise croissante des « puissances d'argent » sur le « quotidien de référence ». La publication de son témoignage a été délibérément occultée par ses anciens compagnons118.

La thèse de Pierre Péan et Philippe Cohen se fondait essentiellement sur le fait que la ligne éditoriale originelle avait été altérée afin de répondre aux objectifs de pouvoir des rédacteurs et d'un petit groupe affilié, avec des collusions dans des cercles économiques. Pierre Péan et Philippe Cohen reprochaient par exemple le salaire mensuel du directeur de la rédaction du Monde (26 000 euros par mois) en dépit d'une perte estimée à 25 millions d'euros pour l'exercice 2003 au niveau du groupe (périmètre de CA de 460 M d'€, année d'acquisition du groupe La Vie catholique par Le Monde). Les avocats du Monde et ceux de Péan-Cohen ont préféré éviter le procès et ont accepté la médiation de Guy Canivet, premier président de la Cour de cassation.

Élection présidentielle de 2012
Le 10 avril 2012, Le Monde a fait un gros titre de première page Marine Le Pen arrive en tête parmi les jeunes de 18-24 ans, basé sur une étude de l'institut CSA, réalisée du 12 au 18 mars, soit trois semaines plus tôt. Dans ce sondage, « le sous-échantillon des jeunes 18-24 ans comportait moins de 200 personnes », ce que Le Monde n'a pas signalé à ses lecteurs, selon la Commission des sondages119, qui s'en est émue.

D'autres instituts donnaient des résultats différents sur les intentions de vote des jeunes. Pour tous les autres sondages de la présidentielle 2012120, Le Monde avait pour partenaire Ipsos, dont le sondage en date du 10 avril ne montrait pas encore de progression de Marine Le Pen, qui obtenait 15 % des voix des sondés121sur l'ensemble de la population contre 16 % deux semaines auparavant. Marine Le Pen a finalement recueilli au 1er tour 18 % des voix des 18 à 24 ans122, soit presque la même proportion d'électeurs que dans l'ensemble de la population (17,90 %).

Articles et contributions extérieures sur la pédocriminalité
Selon Anne-Claude Ambroise-Rendu, historienne spécialiste d'histoire du crime et de la justice et de l'histoire des médias, le journal a donné la parole dans les années 1970, à deux promoteurs de la pédocriminalité, en publiant en novembre 1976 un texte de Gabriel Matzneff, qui plaide pour le respect des pratiques sexuelles chez la très jeune fille ou le très jeune garçon et dénonce le cordon sanitaire autour de l'enfant, tandis qu'en 1980, une chronique extérieure de l'éditeur Roland Jaccard, futur cofondateur du magazine Causeur et ami personnel de Matzneff123 fait un compte rendu élogieux du livre de Tony Duvert L'Enfant au masculin124,125.

Le 8 novembre 1976, une « Tribune libre » de Gabriel Matzneff dénonce ainsi les 38 mois de détention préventive des suspects incarcérés dans l'Affaire de Versailles126, mais aussi la « discrimination »126 contre les homosexuels par le Code pénal, le « silence » des intellectuels126 et même la « gêne, teintée de réprobation »126, qui font de lui « un homme isolé »126 malgré les attaques et la plainte d'un téléspectateur126, depuis son premier passage à la nouvelle émission de télévision littéraire de Bernard Pivot, Apostrophes, le 12 septembre 1975126. Mais peu après, le 22 novembre 1976, Le Monde signale aussi de nombreuses réactions de nos lecteurs pour la plupart critiques, voire hostiles et quelquefois indignées127 à la « Tribune libre » de Gabriel Matzneff et en publie trois127.

Plus généralement, les journalistes du quotidien se montrent très sceptiques, dans leurs articles, sur la tentation d'une partie des militants homosexuels d'ouvrir le débat sur la pédophilie, début 1978, quelques mois après la grande manifestation parisienne provoquée par la campagne homophobe de la chanteuse Anita Bryant. Le reporter du Monde note par exemple que les films projetés au cinéma "La Pagode", lors de la quinzaine homosexuelle " Écrans roses et nuits bleues ", soutenue par le Groupe de libération homosexuel politique et quotidien (G.L.H.P.Q.), n'ont "pas toujours séduit" le public" 128. Il souligne que "les organisateurs ont abordé un sujet que les homosexuels n'aiment guère évoquer et peuvent trouver choquant" car "les pédophiles s'attirent la haine de tout le monde et même des homosexuels", selon l'aveu de l'animateur de la réunion128. Le journaliste note que l'on "peut s'interroger" sur "l'authenticité" de témoignages qui "n'ont guère fait avancer la discussion"128 et se demande pourquoi, "ouvrir ce débat, parler à la première personne et à la place de l'enfant ?"128.

Le Monde publie le 26 janvier 1977, en page "opinions", la veille du procès de l'Affaire de Versailles, le « communiqué » d'une pétition estimant que « trois ans, ça suffit » pour Bernard Dejager, Jean-Claude Gallien et Jean Burckhardt, en détention préventive depuis 38 mois car accusés d'attentat à la pudeur contre trois enfants de 13 et 14 ans129. Le Monde prend trois jours après ses distances avec la pétition, son journaliste dénonçant la gravité des faits et observant que la levée du huis-clos a permis de comprendre une affaire jusque là obscurcie par le secret de l'instruction. Quatre mois après, les signataires de cettre pétition, qui ont découvert la réalité de l'Affaire de Versailles lors de l'audience publique, produisent le 30 mai 1977 un second texte plus prudent, qui réclame surtout une procédure plus rapide et la même majorité sexuelle pour les homosexuels que pour les autres. Echaudé, Le Monde prend aussi ses distances avec ce second texte et n'en publie que quelques extraits, entre guillemets, dans un court entrefilet.

Deux ans plus tard, le journal s'abstient également de publier une pétition parue dans Libération au sujet d'un homme en détention préventive, accusé de pédocriminalité dans l'Affaire des films de la FNAC et n'en cite qu'un court extrait, une dizaine de jours plus tard, début avril 1979, en couvrant simplement le procès. Les juges ont « correctionnalisé » l'affaire130, pour arriver plus vite au procès et réduire le risque encouru de 10 ans à 5 ans de prison ferme, en transformant les accusations, d'attentats à la pudeur commis sans violence contre des enfants de moins de quinze ans à violences et voies de fait commises contre des enfants de moins de quinze ans130, bien que l'on puisse contester que des violences contre des enfants soient plus répréhensibles qu'un attentat à la pudeur commis avec leur consentement, estime alors Le Monde130, qui prend ainsi ses distances avec la notion de consentement des mineurs, déjà fragilisées par les expertises judiciaires produites à l'audience du procès de l'Affaire de Versailles deux ans plus tôt.

Le 22 février 2001, le concurrent Libération appuie une vaste contre-attaque médiatique de Daniel Cohn-Bendit, député européen, qui fait face à l'exhumation d'un article pédophile tiré de son livre de 1975 Le Grand Bazar qui avait paru à l'été 1976, peu après le suicide de la terroriste Ulrike Meinhof131 dans le magazine culturel allemand de son ex-mari. Le texte est diffusé un quart de siècle plus tard à des journaux anglais, italiens et allemands132 par la fille de cette dernière, en colère contre ceux qui avaient selon elle encouragé sa mère dans une voie sans issue.

Après deux semaines de silence, Daniel Cohn-Bendit répond aux médias, via une interview prévue au 20 heures de TF1 sur ces écrits pédophiles. L'un des articles de Libération 133, signé le jour même par Sorj Chalandon, affirme que Libération a lui aussi été, dans les années 1970, pris dans le vertige commun de son époque, où les journalistes croyaient avoir pour tâche d'abattre ce qui semblait relever de l'ordre moral, aboutissant à faire l'apologie de comportements criminels134. L'article évoque la pétition publiée en 1977 par Le Monde sur l'Affaire de Versailles.

Une semaine après, le 28 février 2001, dans les pages "débats" du Monde, le philosophe, enseignant et chercheur au CNRS (Centre Jean Pépin, Histoire des doctrines de l'Antiquité)135 Roger-Pol Droit publie une "analyse" titrée « De la subversion par la sexualité à la reconnaissance des droits de l'enfant » qui tente la même démarche de recontextualisation, mais en citant lui plutôt des publications de René Schérer ou de son ex-amant Guy Hocquenghem136, à l'époque journaliste à Libération, effectuées dans la revue spécialisée Recherches, fondée par le psychanalyste d'extrême-gauche Félix Guattari, par ailleurs président du comité de défense de Pierre Goldman, militant d'extrême gauche ayant glissé dans le banditisme au cours des années 1970.

Les décodeurs
Les décodeurs, rubrique du site Web du journal Le Monde, créée le 10 mars 201496, se fixe pour objectif de vérifier les informations données sur des thématiques variées, dans les médias et sur les sites internet.

Le 1er février 2017, Les décodeurs créent Décodex, un moteur de recherche accessible depuis leur site internet ou depuis une extension au navigateur internet et présenté comme « un outil de vérification de l'information à destination des enseignants (et des autres) ». L'initiative est critiquée dans la presse. Les journalistes Vincent Glad, Élisabeth Lévy et Daniel Schneidermann dénoncent la prétention qu'aurait le quotidien de jouer un rôle d'arbitre « impartial et transparent »137 et le fait de s'instituer « juge et partie »138,139.

Certains, comme Jacques Sapir, estiment que le Décodex mis en place est une liste maccarthyste, qu'ils comparent à l’Index librorum prohibitorum140,141, la liste établie par l’Église des ouvrages que les catholiques n'avaient pas le droit de lire142.

Élection présidentielle de 2017
Bien que la direction du journal s'en défende143, la neutralité du traitement accordé aux candidats de l'élection présidentielle par Le Monde est mise en cause par plusieurs journaux et associations, dont Acrimed, qui dénoncent un parti-pris non assumé du journal en faveur d'Emmanuel Macron144,145.

Le 7 mai 2017, Le Monde, mais aussi Inrocks et Libération, prennent la décision de boycotter la soirée électorale de Marine Le Pen pour protester contre le fait qu'une dizaine de médias y aient été refusés146.

Autres
En 1999, la rédaction du journal « fait le choix de l'intervention » au Kosovo, comme l'admettra Edwy Plenel. Les journalistes Pierre Rimbert et Serge Halimi lui reprochent d'avoir contribué à désinformer l'opinion en relayant complaisamment les accusations des gouvernements occidentaux contre la Serbie. Ainsi, le journal consacra plusieurs unes au Plan Fer-à-cheval (un prétendu projet de nettoyage ethnique de la Serbie) qui était en réalité une invention du gouvernement allemand destinée à justifier l'entrée en guerre de l'Otan147.

Selon les archives de Vassili Mitrokhine agent du KGB, Le Monde (nom de code du KBG[pas clair] VESTNIK, « messager ») était le principal relais du KGB pour répandre la désinformation antiaméricaine et pro-soviétique dans les médias français. Les archives ont identifié deux journalistes du journal Le Monde et plusieurs collaborateurs qui ont été utilisés dans le cadre des opérations148.

Michel Legris publie en 1976 Le « Monde » tel qu'il est. D'après cet ancien journaliste du Monde (1956-1972), témoin direct de l'évolution du « quotidien de référence », le journal, derrière son apparente objectivité, applique de multiples procédés de désinformation au service d'une ligne éditoriale gauchisante. Celle-ci est portée notamment par de jeunes journalistes militants recrutés après 1968. Le journal vise non seulement à favoriser l'élection d'une majorité socialiste autour de François Mitterrand, mais aussi à promouvoir les convictions de l'intelligentsia de gauche ou d'extrême-gauche. Citations et analystes de textes à l'appui, Michel Legris montre aussi comment Le Monde a minimisé et excusé les exactions des Khmers rouges au Cambodge149. Comment il a reproduit sans aucune distance critique la propagande maoïste présentant la Chine populaire comme un paradis socialiste (p. 165-167), Guy Debord écrivant qu'il s'agissait du journal le plus franchement maoïste paraissant hors de Chine. Ainsi, en 1971, le journaliste Alain Bouc critique vigoureusement dans Le Monde le livre Les Habits neufs du président Mao de Simon Leys, qui révélait la nature du régime chinois150. Ou pris systématiquement le parti de l'extrême-gauche révolutionnaire contre les démocrates socialistes lors des troubles qui ont suivi la « révolution des Œillets » au Portugal151. Il énumère les cas où Le Monde omet ou retarde des informations gênantes pour sa ligne éditoriale, voire diffuse de fausses nouvelles, parfois diffamantes152. Si Le Monde subit alors une érosion de son lectorat, qui n'y retrouve plus les valeurs fondatrices du journal, Michel Legris paiera cher sa critique contre le pouvoir de ce grand média : il ne trouvera pas de travail dans la presse française pendant neuf ans.

En septembre 1998, Érik Israelewicz, alors rédacteur en chef du Monde où il était responsable du traitement de l'économie, publie un article dans la revue Sciences humaines. Il y explique comment l'actualité sociale, qui primait alors au Monde, a été progressivement fondue avec l'actualité économique dont la place était grandissante ; puis comment l'actualité des entreprises a progressivement dominé la rubrique économique et sociale153. Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, dans son essai politique Le Grand Bond en arrière (2004, réédité en 2006 et 2012), ajoute ironiquement : « Ensuite, on crée un supplément affaires [Le Monde des affaires]. Enfin, ce sera régulièrement Le Monde Argent ».

L'association de critique des médias Acrimed, reproche notamment au Monde de participer à la quasi unanimité des médias français en faveur de l'austérité européenne154, de ne pas parler de certains livres critiques vis-à-vis du journalisme français, et ce malgré leur succès155 ; ou encore l'utilisation de son image de marque pour la vente de produits n'ayant rien à voir avec le journalisme156.

Le Monde est sévèrement critiqué pour sa couverture de l'affaire Alègre notamment en propageant des rumeurs contre Dominique Baudis, alors président du Conseil supérieur de l'audiovisuel et ancien maire de Toulouse157,158.

En mai 2011, irrité par le contenu d'un article du Monde consacré à François Mitterrand signé par l'historien François Cusset, l'actionnaire Pierre Bergé dira « regretter » d'avoir investi dans le quotidien159. Il avance ainsi : « Je considère que contrairement… à ce qu’ils prétendent, les journalistes du Monde ne sont pas libres mais prisonniers de leurs idéologies, de leurs règlements de compte, et de leur mauvaise foi160. »

En juin 2011, le mensuel Le Monde diplomatique publie un article du journaliste Pierre Rimbert critiquant la disparition progressive de l'indépendance rédactionnelle au Monde. L'article rapporte notamment une déclaration du milliardaire et propriétaire du Monde Xavier Niel : Quand les journalistes m’emmerdent je prends une participation dans leur canard et après ils me foutent la paix161.

En juillet 2012, Le Monde diplomatique rapporte les propos d'Eric Fottorino, ancien directeur du Monde : Le Monde a rejoint la cohorte de ces titres renommés dont le sort est désormais lié au capital et au bon vouloir des capitaines d’industrie ou de finance. Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, ajoute ironiquement qu'avocat de la « mondialisation heureuse », Le Monde en est devenu la proie63.

Dans Un Monde à part (2013), Jean-Marie Colombani critique également l'évolution du quotidien du fait de ses nouveaux actionnaires, celui-ci n'étant plus selon lui, un « journal de journalistes », mais étant « engagé à gauche du simple fait de son actionnariat » (Pierre Bergé, Xavier Niel, Matthieu Pigasse). En raison de ce même actionnariat, l'ancien directeur du journal affirme que celui-ci « n'est plus indépendant du pouvoir économique»162.

Les journalistes du quotidien n'échappent pas au reproche d'être trop politisés. Ainsi, Adam Nossiter du New York Times juge Le Monde « frénétique à l'égard de Nicolas Sarkozy »163.

En octobre 2019, le site internet du quotidien annonce par erreur la mort de Bernard Tapie. L'article est rapidement retiré. Selon le quotidien, une dizaine d'articles auraient ainsi été publiés par erreur164.

Condamnations judiciaires
En novembre 2009, Le Monde et sa filiale Le Monde Interactif ont été condamnés à 1 500 euros d'amende chacun par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir diffamé le député socialiste Julien Dray165. La 17e chambre reproche au journaliste d'avoir utilisé des informations de TRACFIN concernant une enquête sur le député, « ce qui lui confère une apparente crédibilité », sans avoir attiré l'attention de ses lecteurs sur la circonspection qui s'imposait à ce stade de l'enquête ; et d'avoir « manqué à la prudence » en ne donnant pas la parole à M. Dray, ainsi qu'en ne rappelant pas le caractère « unilatéral et non contradictoire » de la note de TRACFIN (Julien Dray écopera d'un rappel à la loi166).

En février 2014, Le Monde a été condamné en dernière instance par la justice espagnole à indemniser deux clubs de football pour atteinte au droit à l'honneur. Le quotidien a dû verser 300 000 euros de dommages et intérêts au Real Madrid, et 15 000 euros au FC Barcelone, à la suite d'un article accusant des joueurs de dopage sans preuves167. En déboutant Le Monde de son pourvoi en cassation contre le FC Barcelone, le Tribunal suprême estimait en 2011 que « l'information publiée n'était pas véridique, le journal ayant utilisé des données inconsistantes et non contrastées, et le journaliste n'ayant pas suffisamment vérifié ses sources dans une affaire dont la gravité aurait plongé le club dans le discrédit »168.

Le Monde a été condamné le 7 octobre 2016 pour diffamation, après avoir attribué à l'acteur John Malkovich un compte caché en Suisse dans une filiale de la banque HSBC169. Cette condamnation est confirmée le 24 mai 2017 par la cour d'appel de Paris170. Les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont été astreints à payer chacun une amende de 1 500 euros, et le directeur de la publication à 1 000 euros d’amende. Tous trois ont été condamnés à verser solidairement au total 10 000 euros de dommages et intérêts à John Malkovich.

Le 17 décembre 2019, Le Monde et son journaliste Adrien Senecat ont été condamnés par le Tribunal de grande instance de Paris pour diffamation publique envers Olivier Berruyer, fondateur et animateur du blog les-crises.fr, à 1 500 euros de dommages et intérêts. Samuel Laurent a été condamné le même jour pour un tweet diffamatoire envers Olivier Berruyer : il était alors responsable de la rubrique des Décodeurs au Monde171.

Diffusion et audience

8 mai 1945

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