Session d’installation - Discours de M. Hervé Gaymard

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Session du Conseil départemental de la Savoie
Jeudi 1er Juillet 2021
Session d’installation
DISCOURS DE M. HERVÉ GAYMARD
Président du Conseil départemental de Savoie

 Mes chers collègues,

Je voudrais tout d’abord vous remercier pour votre confiance qui me touche, m’honore et m’oblige. Mais nous savons bien, nous autres élus, que nous ne sommes que des hôtes de passage, au service d’un engagement qui nous suppose et nous dépasse à la fois.

Car c’est bien la Savoie, et elle seule, qui nous oblige.

Et c’est d’abord à elle, et à tous les Savoyardes et les Savoyards, que nous devons de siéger ici. Nous devons en être dignes, dignes des générations passées qui ont fait ce que nous sommes, et dignes des générations futures pour lesquelles nous devons prendre les bonnes décisions qui construisent l’avenir.

Nous avons toujours un pincement au coeur quand nous entrons dans cette salle des délibérations, dans laquelle ont retenti de grandes voix depuis plus de cent-soixante ans, et où tant de décisions importantes ont été prises. Et j’imagine que c’est particulièrement le cas pour celles et ceux d’entre nous qui siègent pour la première fois. Je leur souhaite une chaleureuse bienvenue. Il y a six ans, notre assemblée départementale avait déjà connu un fort renouvellement grâce à la mise en oeuvre de la parité. Aujourd’hui, malgré la stabilité apparente des équilibres, le tiers de notre assemblée est désormais incarnée par de nouveaux visages, qui vont enrichir de leurs talents et de leurs parcours notre capacité à délibérer collectivement et démocratiquement.

Et je voudrais leur faire part de quelques idées simples qui sont notre marque de fabrique.

Notre canton est notre enracinement, mais la Savoie est notre horizon. La Savoie des lacs du Bourget et d’Aiguebelette, et des points culminants de ses montagnes aux rives du Rhône, de sa fière capitale, Chambéry, de la Maurienne, de la Tarentaise, du Beaufortain, du Val d’Arly, des Bauges, de l’Albanais et de la Chautagne, de l’Avant-Pays et de la Chartreuse, de la Combe de Savoie et du Val Gelon. Cette diversité est garante de notre unité.

Nos débats sont parfois animés mais toujours respectueux. Il n’y pas de place ici pour la polémique stérile ou les attaques personnelles. Il ne tient qu’à nous que cet état d’esprit perdure.

Nos clivages sont légitimes, mais sont transcendés par le service des Savoyardes et des Savoyards. Quand il est souhaitable, toujours nous savons construire le consensus, non pas pour nous enliser dans l’immobilisme, mais pour aller de l’avant.

Je voudrais dire aussi que notre département ne s’est jamais contenté d’exercer au mieux ses compétences, mais a toujours eu un projet d’avance, ce qui fait de notre assemblée un véritable « Parlement de Savoie ». Pour citer un exemple récent, la loi NOTRE de 2015 nous a retiré les compétences en matière de transports, ce qui ne nous a pas empêché de réunir une session spéciale en 2019, avec Mme Borne, alors ministre des transports, pour relancer le Lyon-Turin, et prendre l’initiative avec Grand Chambéry et Grand Lac pour prendre à bras le corps la question des déplacements dans l’agglomération.

Et je voudrais dire surtout que rien ne serait possible sans l’excellence des 2 500 agents de notre collectivité, à qui je veux rendre un hommage particulier. Qu’ils soient sur les territoires ou à Chambéry, quels que soient leurs métiers, animés par le sens du service public, ils font un travail remarquable. C’est pourquoi nous tenons à un dialogue social de qualité, à une gestion humaine des ressources humaines, et à un dialogue constant avec les élus.

 

Mes chers collègues,

Le mandat que nous allons assumer ensemble sera singulier à bien des égards.

Il s’ouvre dans un climat de scepticisme démocratique délétère et dangereux, que traduit la montée régulière de l’abstentionnisme électoral, qui est un échec collectif. Il y a bien sûr des causes profondes, la prévalence de l’individualisme sur le sens du collectif, ou plus circonstancielles, comme la sortie du confinement ou le véritable scandale d’État qu’est la non distribution aux électeurs des professions de foi. Mais nous ne pouvons pas nous résoudre à nous en désoler, sans inlassablement chercher à réduire cette fracture démocratique. C’est pourquoi d’ailleurs nous avons initié le « Budget Citoyen », retardé par le confinement, que nous relançons sans tarder.

Il débute au lendemain d’une pandémie, dont nous espérons qu’elle soit derrière nous, même si en la matière on ne peut augurer de rien, et d’une crise économique qui aura impacté notre département, comme jamais cela n’a été le cas depuis la seconde guerre mondiale.

Enfin notre mandat encadrera deux élections présidentielles, deux élections législatives, une élection municipale, une élection sénatoriale, une élection européenne.

Le département sera donc un pôle de stabilité et d’action pendant les sept prochaines années, et c’est pourquoi notre responsabilité est d’autant plus grande. C’est d’ailleurs un démenti cinglant pour ceux, qui en 2015 en avaient planifié la disparition, s’en félicitaient ou s’en résolvaient, y compris certaines voix éminentes de notre assemblée d’alors. L’importance du département comme échelon de proximité n’est plus contestée par personne. On l’a bien vu pendant la crise sanitaire et économique. Le passé est passé. C’est l’avenir qui compte.

Je ne vais évidemment pas détailler ce matin tous les dossiers sur lesquels je vous proposerai de nous mobiliser. Je voudrais simplement vous faire partager quelques lignes de force. 

La dynamique durable doit être encore davantage au coeur de toutes nos politiques. Cet impératif doit concerner également notre façon de délibérer et de décider. Cela passe bien sûr par une réorganisation administrative. Mais également par une modification de l’élaboration de notre mode de décision. C’est pourquoi, lors de notre session du 15 juillet prochain, je vous proposerai de créer une inter-commission des dynamiques durables, dans laquelle siègeront des représentants des cinq autres commissions, afin d’intégrer cette exigence en amont de nos délibérations.

En ce début de mandat, nous devons par ailleurs faire un état des lieux dans tous les secteurs dont nous avons la charge ou dans lesquels nous intervenons, recenser tous les problèmes et les projets, dans un dialogue ouvert avec nos partenaires, pour écrire une feuille de route, au-delà des nombreuses actions que nous avons déjà réalisées ou engagées. Certaines réponses seront du ressort exclusif du département. D’autres dépendront de notre partenariat avec la région, les communes et les intercommunalités. Certaines relèveront de l’État et de certaines modifications législatives, que nous pourrons relayer grâce aux parlementaires membres de notre assemblée. Je confierai cette mission à chacune et chacun des vice-présidents, en lien avec les commissions compétentes.

Je vous propose par ailleurs dès cet automne d’organiser trois grands débats d’action, car il ne suffit pas de palabrer, il faut agir, au-delà de ce que nous avons déjà engagé.

Le premier concerne le plan alimentaire départemental qui vient d’être agréé par le ministère de l’agriculture, pour développer les circuits courts et accroître la production et la diversité de notre belle agriculture savoyarde, qui a eu raison avant tout le monde en faisant, il y a cinquante ans, le pari de la qualité et du respect de l’environnement. Sous la houlette du département, avec les intercommunalités, et les partenaires du monde agricole et associatif, depuis deux ans une dynamique vertueuse s’est enclenchée. Il faut l’approfondir et l’accélérer.

Le second concerne l’élaboration d’un plan d’avenir pour la jeunesse savoyarde. Nous avons récemment adopté des mesures importantes, mais il faut aller plus loin. Mais nous ne pouvons pas agir seuls, car ce dossier concerne tous les décideurs. Le Département doit en être le fer de lance et le ferment. 

 

Le troisième concerne la sécurité sur notre réseau routier et l’achèvement du réseau de pistes cyclables. En la matière, le département a été un pionnier de longue date. Mais il y a encore des goulots d’étranglement, notamment dans les agglomérations, qu’il nous faut réduire le plus rapidement possible, et donc écrire une nouvelle ambition.

Comme je le rappelais tout à l’heure, le Département a toujours été en initiative pour préparer l’avenir.

C’est pourquoi, dans une démarche ouverte à tous les acteurs concernés, je propose que nous organisions des « Assises de l’avenir savoyard », qui traiteront de tous les sujets, l’économie industrielle, agricole, touristique, le commerce et l’artisanat, le BTP, les entreprises technologiques, l’énergie – avec la question capitale du renouvellement des concessions hydrauliques -, le logement et l’urbanisme, l’impact du réchauffement climatique, les transports, la vie culturelle et sportive… Pour ce faire, il nous faudra innover sur la méthode, avec notamment des débats participatifs dans chacun de nos territoires, des appels à contribution sur internet. Cette démarche se nourrira bien sûr des travaux existants ou en cours. Je pense aux plans climat énergie territoriaux, aux SCOT, aux travaux de Savoie Mont Blanc sur la réorientation des politiques touristiques qui seront restitués cet automne.

Nous prendrons également toute notre part aux côtés des autorités organisatrices – l’État, les agglomérations et la région – pour développer un plan ambitieux de transports collectifs et de mobilité douce, partout dans le département, et particulièrement sur le périmètre Albens-Montmélian. Nous avons relancé ce dossier il y a deux ans. Il faut maintenant passer à la vitesse supérieure.

*

Dans ce dessein d’une Savoie plus humaine, plus durable, et toujours plus ambitieuse, nous ne pouvons être seuls bien sûr.

Avec l’État, nous partageons de nombreuses compétences dans le domaine des personnes âgées, des personnes handicapées, des politiques en faveur de l’enfance, de la jeunesse et de la famille, de l’insertion et de la solidarité. Nous ne sommes pas les seuls décideurs, même si nous sommes souvent les financeurs. Mais nous devons aller plus loin, avec davantage de créativité qui doit parfois faire fi des carcans administratifs et réglementaires.

Avec les communes et les intercommunalités, nous entretenons un dialogue confiant, et nous soutenons leurs projets d’investissement. À une année près, nos mandats coïncident. Il nous faut donc caler nos interventions avec leurs priorités, ce que nous allons faire avec la nouvelle génération de contrats territoriaux. Nous nous retrouverons cet automne à l’occasion de la journée des élus de Savoie.

Avec la région, nous avons noué des partenariats fructueux, notamment pour la politique en faveur de la montagne, ainsi que pour la politique économique. En intégrant et en cofinançant l’Agence économique de la Savoie au sein d’Auvergne Rhône-Alpes Entreprise, nous avons été intelligents ensemble, pour renforcer l’attractivité du territoire et aider les entreprises dans la période difficile qu’elles ont traversée et que certaines traversent encore. Nous pouvons et devons encore faire mieux ensemble en matière de politique de l’emploi, de formation et d’insertion.

Avec nos voisins de Haute-Savoie, et son nouvel exécutif qui sera sorti des urnes, nous devrons écrire une nouvelle feuille de route pour le Conseil Savoie Mont Blanc, que nous présiderons pendant la première moitié de notre mandat. Il y a certes la question institutionnelle, et chacun connaît le point de vue des uns et des autres. Elle est importante bien sûr, mais elle me paraît seconde par rapport à la capacité que nous aurons de construire ensemble une nouvelle ambition. Nous avons su mettre en oeuvre des projets ambitieux et réussis en matière agricole et forestière, touristique, culturelle, sportive et universitaire. Il nous faut maintenant aller plus loin.

Je pense à la confortation et au développement de l’Université Savoie Mont Blanc.

Je pense à la création d’un Centre Hospitalier Universitaire Savoie Mont Blanc, unissant les Centres Hospitaliers de Chambéry et d’Annecy, qui est une des réponses à la pénurie de l’offre libérale de soins. 

Je pense à la réorientation et à la diversification de notre économie touristique.

Je pense à l’organisation des transports du Genevois à Montmélian, à la gestion des deux tunnels internationaux du Mont-Blanc et du Fréjus, en lien avec la mise en oeuvre du Lyon-Turin. Une approche fragmentée de ces problématiques serait à l’évidence nuisible pour nos deux départements.

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Notre ambition pour les générations futures ne peut s’appuyer que sur une gestion saine et durable des finances de notre collectivité. Nous l’avons bien vu depuis le surgissement de la crise sanitaire et économique. Nous n’aurions pas pu réagir comme nous l’avons fait en accroissant la solidarité pour les plus fragiles, et en lançant un plan ambitieux d’investissements contra-cycliques, si des années de bonne gestion n’avaient pas fait du département la collectivité la mieux notée de France. Ayant entendu ces dernières semaines un certain nombre d’approximations et de contre-vérités, je voudrais rappeler un certain nombre de fondamentaux.

Il nous est interdit de financer - et c’est heureux- des dépenses de fonctionnement ou de solidarité, autrement que par des recettes de fonctionnement. Notre capacité d’endettement ne peut donc servir que pour des investissements, à la condition qu’ils soient utiles et justifiés bien sûr.

Depuis le 1er janvier de cette année, nous n’avons plus la maîtrise de notre fiscalité, la taxe foncière étant désormais transférée aux communes. La seule recette fiscale que nous ayons conservée, pour l’instant, sont les droits de mutation sur lesquels nous n’avons aucune prise puisqu’ils sont tributaires du marché immobilier.

Nous sommes donc dépendants des dotations de compensation de l’État, par nature moins dynamiques que les recettes fiscales, qui étaient indexées sur l’attractivité de la Savoie. C’est la raison pour laquelle nous avions pu ne pas augmenter le taux de fiscalité depuis treize ans.

C’est pourquoi nous devons continuer à concilier la modération de la dépense de fonctionnement, le volontarisme et la bonne gestion pour les dépenses de solidarité, et l’ambition pour investir dans l’avenir. 

*

Mes chers collègues,

Nous sommes collectivement dépositaires de deux trésors.

D’abord cette belle Savoie qui nous enchante, que nous ne voulons pas voir défigurée, et qu’il nous faut conduire vers le futur, dans un contexte difficile de changement climatique, et de délitement du lien collectif, où le chaos, rampant, peut surgir à tout moment.

Et ensuite d’un état d’esprit qui se construit chaque jour, qui est de notre propre responsabilité, fait de clarté, de franchise et de respect d’autrui.

Prenons garde, nous qui exerçons des responsabilités dans la Cité, de ne jamais l’oublier. Car c’est toujours la cohérence, la fidélité à la parole donnée, et la force mentale qui permettent de construire de belles oeuvres, avec la participation et sous le regard vigilant des citoyens.

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